La Spoon Theory : quand votre énergie n'est pas illimitée

Vous ouvrez votre ordinateur pour répondre à quelques e-mails. Vous regardez votre liste de tâches. Vous savez exactement ce qu'il faudrait faire.

Et pourtant, quelque chose bloque.

La moindre démarche semble demander un effort immense. Vous vous sentez déjà fatiguée alors que la journée commence à peine.

Si cela vous parle, la Spoon Theory pourrait vous aider à mettre des mots sur ce que vous vivez.

Qu'est-ce que la Spoon Theory ?

La Spoon Theory, ou "théorie des cuillères", est une métaphore utilisée pour représenter notre énergie quotidienne.

Imaginez que vous commencez chaque journée avec un nombre limité de cuillères.

Chaque activité coûte une ou plusieurs cuillères :

  • se préparer le matin ;

  • conduire ;

  • travailler ;

  • faire les courses ;

  • participer à une réunion ;

  • gérer un conflit ;

  • prendre un rendez-vous médical.

Lorsque toutes les cuillères sont utilisées, il ne reste plus d'énergie disponible.

La différence, c'est que certaines personnes disposent d'un stock qui semble presque inépuisable. D'autres doivent constamment surveiller leur réserve.

Pourquoi cette théorie résonne autant chez les personnes neurodivergentes

Pour beaucoup de personnes TDAH, AuDHD ou autistes, l'épuisement ne provient pas uniquement des tâches elles-mêmes.

Il provient aussi de tout ce qui se passe en arrière-plan :

  • l'effort de concentration ;

  • la gestion des distractions ;

  • le bruit ambiant ;

  • les interactions sociales ;

  • les transitions entre les activités ;

  • le masquage des difficultés.

Une réunion d'une heure peut coûter beaucoup plus de cuillères qu'elle n'en paraît.

Un appel téléphonique peut demander davantage d'énergie qu'un rapport de plusieurs pages.

Une journée remplie de petites interruptions peut parfois être plus épuisante qu'une journée de travail intense.

Quand les hormones s'en mêlent

La périménopause ajoute souvent une couche supplémentaire à cette équation.

De nombreuses femmes décrivent :

  • un brouillard mental plus fréquent ;

  • une mémoire de travail moins fiable ;

  • une fatigue inhabituelle ;

  • une plus grande sensibilité au stress ;

  • des difficultés de concentration accrues.

Certaines découvrent même à cette période des traits TDAH ou autistiques qui étaient jusque-là compensés.

Les stratégies qui fonctionnaient depuis des années semblent soudain moins efficaces.

Le nombre de cuillères disponibles peut varier considérablement d'un jour à l'autre.

Et la dépression ?

La dépression est souvent mal comprise parce que les personnes concernées paraissent parfois "fonctionnelles".

Pourtant, chaque action peut demander un effort considérable. Se doucher. Préparer un repas. Répondre à un message. Sortir de chez soi.

Lorsque le cerveau fonctionne en mode économie d'énergie, les cuillères s'épuisent rapidement.

Ce n'est pas une question de motivation ou de volonté. C'est une question de ressources disponibles.

Le piège de la comparaison

Nous avons tendance à comparer notre capacité actuelle à :

  • celle des autres ;

  • celle que nous avions il y a quelques années ;

  • celle que nous pensons devoir avoir.

Mais si votre système nerveux, vos hormones, votre santé mentale ou votre neurotype influencent votre niveau d'énergie, cette comparaison devient souvent injuste.

Une personne peut gérer dix tâches dans une journée. Une autre peut en gérer trois. Mais cela ne dit rien de leur valeur respective. Cela reflète simplement un coût énergétique différent.

Utiliser ses cuillères comme un budget

Certaines personnes trouvent utile de considérer leur énergie comme un compte bancaire.

Chaque activité représente une dépense. Certaines activités rechargent le compte : une promenade ; un moment de calme ; une activité créative ; une conversation agréable ; une sieste ; du temps seul. Et d'autres le vident rapidement.

L'objectif n'est pas de faire moins mais de dépenser son énergie là où elle compte réellement.

Une question utile à se poser

Au lieu de demander : "Pourquoi suis-je incapable de faire tout cela ?", essayez peut-être :"Combien de cuillères cela va-t-il me coûter aujourd'hui ?" Cette simple question remplace souvent la culpabilité par la compréhension.

Et parfois, comprendre son fonctionnement est déjà une forme de soulagement.

Si vous vivez avec un TDAH, un TSA, un profil AuDHD, une dépression, une maladie chronique ou les bouleversements de la périménopause, il est possible que votre énergie ne fonctionne pas comme celle des autres.

Or il est important de savoir cela ne signifie pas que vous êtes moins capable. Cela signifie simplement que votre cerveau et votre corps ont leur propre mode d'emploi.